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Système alimentaire durable

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Un système alimentaire durable est un réseau de collaboration territorial qui intègre la production, la transformation, la distribution, la consommation de produits alimentaires et la gestion des matières résiduelles, dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale de la collectivité. Il comprend les acteurs, activités et les infrastructures impliqués dans la sécurité alimentaire d’une population et repose sur une gouvernance alimentaire territoriale.

Des systèmes alimentaires durables

L’approche systémique

La complexité de l’environnement et l’interdépendance des enjeux économiques, sanitaires et environnementaux en appellent à une approche systémique et durable de l’alimentation. L’approche des systèmes alimentaires durables cherche à dépasser l’approche de développement par filière ou par secteur en considérant l’ensemble de l’environnement (physique, économique, socioculturel et politique) dans lequel évolue l’alimentation. Une approche systémique permet ainsi d’identifier les nœuds et les leviers pour amener des changements durables dans les pratiques et les milieux de vie. Un système alimentaire durable (SAD) est un réseau de collaboration territorial qui intègre les acteurs provenant de l’ensemble du cycle de vie des aliments dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale d’une collectivité. Il comprend les acteurs, les activités et les infrastructures impliqués dans la sécurité alimentaire d’une population. (Vivre en Ville, d’après FCM, 2010; GIEC, 2014).

Illustration – Représentation simplifiée du système alimentaire avec activités

Un SAD s’intéresse aux interactions et aux synergies possibles entre les différents maillons et secteurs du système alimentaire au sein d’un territoire donné et à la transformation de l’environnement dans une perspective de santé des populations. Il préconise également de mettre en place une action coordonnée et intersectorielle à l’échelle d’un territoire afin de renforcer la dynamique locale des acteurs et l’engagement des collectivités territoriales.

Illustration - Tableau comparatif système alimentaire conventionnel VS sain

L’ancrage territorial

L’ancrage territorial des activités agroalimentaires est un élément fondamental pour le développement de systèmes alimentaires durables. La reterritorialisation (ou relocalisation) des systèmes alimentaires offre l’opportunité d’organiser des projets de développement de l’alimentation de proximité qui visent une juste articulation entre compétitivité économique, dynamiques sociales et contraintes environnementales. Ce processus implique de mieux comprendre où, et comment, les aliments sont produits, transformés, transportés, échangés, consommés et revalorisés.

Illustration - Déploiement territorial du système alimentaire

Ce travail de diagnostic peut conduire à valoriser les sources d’approvisionnement les plus susceptibles de contribuer à un aménagement durable du territoire et à une économie régionale forte, et à repenser la localisation de certaines activités et infrastructures, notamment dans le but d’optimiser les déplacements.

Les cobénéfices

La mise en place de systèmes alimentaires durables ancrés dans un territoire peut en fait contribuer à l’atteinte de plusieurs objectifs poursuivis par les différents paliers de gouvernement tels que:

● la prévention des problèmes de santé et la diminution des coûts de santé (création d’environnements favorables aux saines habitudes de vie, amélioration de l’accessibilité et de la qualité de l’offre alimentaire);

● la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture et l’alimentation (amélioration des pratiques agricoles, optimisation des transports, conservation des aliments, valorisation des matières résiduelles organiques);

● la résilience et l’adaptation aux changements climatiques (maintien de surfaces perméables, capacité de production locale, verdissement et lutte aux îlots de chaleur);

● la qualité des milieux de vie (proximité et diversité des commerces d’alimentation, animation des espaces publics, agriculture urbaine);

● la vitalité économique locale et régionale (création de nouvelles entreprises, partage d’infrastructures, soutien aux entreprises existantes, économie circulaire);

● la mise en valeur du territoire agricole et des paysages (diversification de l’agriculture, circuits courts, agrotourisme).

Les défis

La forte imbrication et la coévolution des pratiques et des politiques agricoles et agroalimentaires rendent les systèmes alimentaires difficiles à changer en profondeur. L’analyse des systèmes alimentaires exige de mettre en lumière les relations de pouvoir qui les façonnent. Incidemment, il peut être difficile d’engager les acteurs en position dominante dans le système, notamment les grandes entreprises, à participer à l’effort collectif vers plus de durabilité et de santé. Compte tenu des différentes échelles d’intervention et des nombreux secteurs d’activités impliqués, aucun acteur ne dispose à lui seul de toutes les clés pour opérer une transition vers des systèmes alimentaires durables. L’implication et la concertation des acteurs sont donc cruciales afin de développer une compréhension commune du système et de concilier les intérêts des parties prenantes.

La gouvernance

Un SAD repose sur une gouvernance transparente et inclusive. Les collectivités peuvent jouer un rôle de gouvernance des systèmes alimentaires durables puisque la coopération s’organise autour du partage et de la promotion d’un territoire particulier (Muchnik et Sanz, 2001). Il s’agit de rassembler les forces vives du milieu autour de valeurs claires et partagées. Les valeurs autour desquelles se construisent les SAD peuvent varier mais incluent généralement:

● la santé

● l’équité (inter et intragénérationnelle)

● l’accessibilité (physique et économique)

● la proximité (géographique et relationnelle)

● la protection, voire l’amélioration de l’environnement

● le soutien à l’économie locale et régionale.

Bien que cette gouvernance ne soit pas toujours institutionnalisée, de nombreux territoires nord-américains se sont dotés d’instances de réflexion et de concertation visant l’amélioration du système alimentaire. C’est le cas des conseils de politique alimentaire (CPA) dont la mission est généralement d’analyser le fonctionnement du système alimentaire et de fournir des recommandations sur la façon de l’améliorer (INSPQ, 2011).

Des initiatives en faveur de systèmes alimentaires durables

Partout sur la planète, des institutions internationales, des pays, des villes et même des quartiers se tournent vers une approche écosystémique de l’alimentation afin d’appréhender les différents problèmes auxquels ils font face.

IPES

L’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES) est l’équivalent sur les questions alimentaires du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC). Il réunit les plus éminents chercheurs et activistes de la planète dans les différents champs d’expertise afin d’améliorer la compréhension des systèmes alimentaires et de formuler des recommandations afin de les rendre plus durables à l’avenir.

Le Conseil de politique alimentaire de Toronto (CPAT)

Le CPAT a été le premier conseil de politique alimentaire au Canada et a largement contribué à faire de l’alimentation un enjeu important dans la Ville de Toronto depuis plus de vingt ans. Formé d’une trentaine de membres experts de la communauté, il agit comme groupe de référence auprès du conseil municipal et participe à la mise en œuvre de la stratégie alimentaire de Toronto. Parmi les actions réalisées au cours des dernières années figurent la cartographie des commerces de détail, le soutien pour la vente de nourriture dans la rue, des projets de dépanneurs santé, le financement de garderies pour l’achat local, etc. Le CPAT est une plateforme stratégique à succès ayant permis de faire progresser la métropole ontarienne sur la voie d’un système alimentaire durable.

Le Système alimentaire montréalais, Montréal

En mars 2014 était lancé le Plan de développement d’un système alimentaire durable et équitable de la collectivité montréalaise. Sous l’égide de la Conférence régionale des élus de Montréal (aujourd’hui Concertation Montréal), l’élaboration du plan de développement a mis à contribution une centaine d’organisations locales, régionales et nationales provenant de différents secteurs d’activités. Le SAM constitue un nouvel outil de gouvernance permettant aux différents acteurs de travailler de façon cohérente et complémentaire pour les dix prochaines années. Le plan d’action pour la période 2014-2016, financé par Québec en Forme, a facilité la réalisation de nombreux projets dont les dépanneurs santé, les marchés aux abords des stations de métro, les réflexions sur un réseau d’approvisionnement régional, la promotion de l’agriculture urbaine, l’organisation d’événements de réseautage et de formation et le développement de partenariats de recherche-action. Suite à une consultation menée en 2015, le conseil exécutif de la Ville de Montréal a donné un avis favorable à la mise en place d’un conseil des politiques alimentaires à l’échelle de l’agglomération (Conseil-SAM) dont la raison d’être serait le droit de tous les Montréalais à une alimentation saine.

Illustration : Journée de réflexion en vue de la création du Conseil-SAM, décembre 2016

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FÉDÉRATION CANADIENNE DES MUNICIPALITÉS (FCM) (2010). Sondage sur les systèmes alimentaires durables, Fond municipal vert, Fédération canadienne des municipalités.

GROUPE D’EXPERTS INTERGOUVERNEMENTAL SUR L’ÉVOLUTION DU CLIMAT [GIEC] (2014). Climate Change 2014: Impacts, Adaptation, and Vulnerability, GIEC.

MUCHNIK, J et J. SANZ CAÑADA (2001). « Introduction : Ancrage et identité territoriale des systèmes agroalimentaires localisés », Économie rurale, 322 (mars-avril), OpenEdition.

QUÉBEC. INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE [INSPQ] (2011). Les conseils de politiques alimentaires

VIVRE EN VILLE (2014). Villes nourricières : mettre l’alimentation au cœur des collectivités. 141 p. (coll. Outiller le québec) [https://vivreenville.org/villes-nourricieres]