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Problématique des systèmes alimentaires

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Un système alimentaire durable est un réseau de collaboration territorial qui intègre la production, la transformation, la distribution, la consommation de produits alimentaires et la gestion des matières résiduelles, dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale de la collectivité. Il comprend les acteurs, les activités et les infrastructures interpellés par la sécurité alimentaire d’une population et repose sur une gouvernance alimentaire territoriale. Des initiatives en faveur des systèmes alimentaires durables se multiplient partout dans le monde afin de résoudre les nombreux enjeux auxquels ils font face.

Un système alimentaire globalisé

Comme tous les secteurs économiques, l’agroalimentaire s’est largement industrialisé et globalisé au cours du siècle dernier. La production agricole s’est mécanisée, standardisée et spécialisée. Le passage d’une agriculture vivrière à une agriculture moderne industrielle s’est appuyé sur un ensemble d’outils et de technologies (pétrole, machinerie, engrais minéraux, pesticides, antibiotiques, hormones, organismes génétiquement modifiés, etc.) destinés à augmenter les rendements et à lutter contre les organismes considérés comme nuisibles pour les cultures et les élevages.

Épandage du fumier au champ dans la région de Québec | Source : Vivre en Ville

La transformation des aliments, jadis essentiellement une affaire domestique, est devenue une industrie à part entière. C’est, aujourd’hui, le deuxième secteur manufacturier en importance au Québec, générant environ 64 000 emplois et 25,8 milliards de dollars en livraisons annuellement, en majorité dans le secteur des viandes, des produits laitiers, des boissons, des aliments pour animaux et de la boulangerie (Québec. MAPAQ, 2015).

Le système de distribution est désormais globalisé. Chaque jour, les produits alimentaires parcourent des milliers de kilomètres via les réseaux de transport terrestres, maritimes et aériens pour cheminer vers l’assiette des consommateurs. L’accroissement de la production, de la transformation et de l’exportation a été grandement facilité par la disponibilité du pétrole à bas prix, par des politiques axées sur le développement économique et par des accords de commerce international.

Des conséquences à plusieurs égards

Ces changements structurels dans la manière de produire, de transformer, de distribuer et de consommer les aliments, de même que d'en disposer, est à mettre en lien avec différents enjeux pour les collectivités.

Économie

Depuis plusieurs décennies, la tendance est à la consolidation des entreprises agricoles. Au cours des 50 dernières années, le Québec a perdu près de 70 % de ses fermes, alors que la taille moyenne de celles qui restent a presque doublé (Meloche et Debailleul, 2013).

Les revenus des producteurs ont augmenté, mais les marges bénéficiaires ne sont pas nécessairement plus élevées et l’endettement des exploitations agricoles est également plus important. La capitalisation des fermes a en effet augmenté de 4 595 % entre 1961 et 2006 (Meloche et Debailleul, 2013). Or des exploitations agricoles plus grandes et plus capitalisées rendent le transfert de fermes à la relève difficile, d’autant plus que le prix des terres agricoles a lui aussi explosé : au-delà de 450 % d'augmentation entre 1990 et 2010 (Québec. FADQ, 2012). Ces deux phénomènes concourent à la vente des entreprises à des intégrateurs ou à des investisseurs aux moyens financiers importants, détachant encore davantage l’agriculture de ses bases familiales et communautaires, et de sa vocation nourricière.

Le phénomène de concentration de la distribution influence quant à lui grandement la mise en marché des produits agricoles. D’abord, les aliments produits au Québec sont en concurrence avec de plus en plus de produits importés qui sont souvent produits à moindre coût. Ensuite, le nombre plus restreint d’acheteurs potentiels, mais plus imposants, crée un rapport de force défavorable aux producteurs. L'accessibilité des réseaux de transport et le déplacement des centres de décision des grands distributeurs facilitent l’approvisionnement au sein des marchés internationaux, et ce, parfois au détriment des marchés intérieurs. Ainsi, l’accès au marché est-il plus difficile pour les petits producteurs agricoles.

Santé

Les supermarchés ont tendance à déserter les milieux de vie pour se rapprocher du réseau routier supérieur (Vivre en Ville, 2013). Ils participent ainsi à la consolidation de pôles commerciaux dépendants de l’automobile, soutiennent l’étalement urbain, et nuisent au renforcement des centralités existantes, où les petits commerces alimentaires peinent à survivre ou ferment carrément leurs portes. Cette tendance contribue à la diminution de l’accessibilité géographique de l’alimentation, voire, dans certains cas, à la création de déserts alimentaires.

Déserts alimentaires et zones de faible accès aux commerces alimentaires dans la région de Québec | Source : Vivre en Ville

Or les inégalités d’accès aux aliments sains s’ajoutent au problème de l’insécurité alimentaire qui touche environ 430 000 ménages au Québec (Tarasuk et collab., 2013) et qui pousse plus de 170 000 personnes à fréquenter mensuellement les banques alimentaires pour nourrir leur famille (Banques alimentaires du Québec, 2016). Malgré les efforts pour accroître l’apport de fruits et légumes frais, ces derniers demeurent le parent pauvre dans le réseau d’aide alimentaire. Si les causes de ces inégalités sont socio-économiques et géographiques, les conséquences sont aussi sanitaires.

L’importance économique du secteur de la transformation alimentaire ne devrait pas faire perdre de vue ses conséquences sur les régimes alimentaires, et donc sur la santé des populations. Depuis le début des années 2000, les produits ultra-transformés représentent plus de la moitié des calories consommées au Canada (Monteiro et collab., 2013). Ce changement dans les habitudes de consommation se traduit par une diminution de la préparation d’ingrédients frais et plus de collations riches en énergie. Rien pour réduire le taux d’embonpoint, qui frôlait les 40 % chez les Québécois de plus de 30 ans en 2010 (Audet, 2007 ; Québec. ISQ, 2014).

Le consommateur est parfois perdu devant la prolifération d’informations contradictoires. Il doit choisir parmi une variété quasi infinie de produits plus ou moins favorables à sa santé, mais également prendre en considération l’impact de ses choix de consommation sur l’économie locale et l’environnement.

Environnement et territoire

Les pressions exercées par le système alimentaire sur l’environnement et le territoire sont multiples.

D'abord, la contribution du système alimentaire aux émissions de gaz à effets de serre (GES) est importante. La production agricole serait imputable d’environ 10 à 15 % des émissions de GES d’origine anthropique, mais lorsque sont prises en compte les autres activités associées au système alimentaire (transformation, transport, emballage, entreposage, vente, gestion des matières résiduelles et changements d’utilisation des sols), les estimations vont d’un tiers à la moitié des émissions mondiales (Grain, 2011 ; Vermeulen et collab., 2012).

Ensuite, bien que les pratiques agricoles se soient ajustées pour limiter leur impact sur les écosystèmes, notamment grâce à l’imposition de normes plus strictes (p. ex. phosphates), l’agriculture industrielle demeure en partie responsable de la dégradation de la qualité des cours d’eau (p. ex. eutrophisation) et de la perte de biodiversité (p. ex. monocultures, pesticides), entre autres. Ces effets délétères sur l’environnement peuvent également influencer la qualité de vie, la cohésion sociale et la cohabitation harmonieuse dans les collectivités rurales.

Malgré l’existence de mécanismes de protection du territoire et des activités agricoles , les terres arables sont toujours convoitées pour d’autres utilisations : urbanisation, construction d’infrastructures de transport et d’énergie ou même, paradoxalement, conservation des milieux naturels. Ainsi, même la préservation et la mise en valeur des paysages, qui participent à l’identité des milieux et qui sont si chères aux villégiateurs et aux résidents, sont étroitement liées au système alimentaire.

Urbanisation du territoire métropolitain de Montréal entre 1961 et 2006 | Source : Vivre en Ville

Fort heureusement, la production agricole génère aussi des services écologiques, économiques et sociaux importants et la réflexion sur les systèmes alimentaires durables cherche justement à les maximiser au bénéfice de la santé de la population et des territoires.

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Références

AUDET, Nathalie (2007). « L’évolution de l’excès de poids chez les adultes québécois de 1990 à 2004 : mesures directes », Zoom santé, Institut de la statistique du Québec [PDF] p. 1‑5.

BANQUES ALIMENTAIRES DU QUÉBEC (2016). Bilan-faim Québec 2016, Montréal, Banques alimentaires du Québec [PDF]. 40 p.

GRAIN (2011). « Food and climate change: the forgotten link », Grain – Against the grain, 28 septembre 2011. [En ligne]

IPES-FOOD [INTERNATIONAL PANEL OF EXPERTS ON SUSTAINABLE FOOD SYSTEMS] (2015). The New Science of Sustainable Food Systems: Overcoming Barriers to Food Systems Reform [PDF]. 22 p.

MELOCHE, Jean-Philippe, et Guy DEBAILLEUL (2013). Acquisition des terres agricoles par des non agriculteurs au Québec : Ampleur, causes et portée du phénomène, rapport de projet, CIRANO [PDF]. 71 p.

MONTEIRO, Carlos, et collab. (2013). « Ultra-processed products are becoming dominant in the global food system », Obesity Reviews, vol. 14, n° 2, p. 21‑28.

QUÉBEC. MAPAQ [MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DES PÊCHERIES ET DE L’ALIMENTATION] (2020). Statistiques, Transformation. [En ligne]

QUÉBEC. ISQ [INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC] (2014). Regard statistique sur la jeunesse : État et évolution de la situation des Québécois âgés de 15 à 29 ans, 1996‑2012, Québec, Institut de la statistique du Québec, document révisé le 2 juillet 2019 [PDF]. 188 p.

QUÉBEC. FADQ [LA FINANCIÈRE AGRICOLE DU QUÉBEC] (2012). « Recensement de l’agriculture 2011 », FADQ Nouvelles, vol. 2, n° 13, 22 août 2012.

TARASUK, Valery, Andy MITCHELL et Naomi DACHNER (2013). Insécurité alimentaire des ménages au Canada, 2012, Toronto, PROOF [PDF]. 29 p.

VERMEULEN, Sonja J., Bruce M. CAMPBELLl et John S.I. INGRAM (2012). « Climate Change and Food Systems », Annual Review of Environment Resources, vol. 37, p. 195‑222.

VIVRE EN VILLE (2013). Bâtir au bon endroit : la localisation des activités et des équipements au service des collectivités viables, 107 p. (coll. Outiller le Québec ; 4). [+ info]

VIVRE EN VILLE (2014). Villes nourricières : mettre l’alimentation au cœur des collectivités, 141 p. (coll. Outiller le Québec ; 6) [+ info]