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Aménagement transitoire

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Le design d’aménagements transitoires constitue une démarche de planification et d’intervention sur l’espace public, menée ou encadrée par une municipalité : elle permet d’appréhender la transformation d’un site ou d'un bâtiment vacant, ou encore d’un espace public inadapté, à court et à moyen termes, et de nourrir la réflexion plus large entourant un projet de réaménagement permanent, qu’il soit seulement envisagé ou officiellement prévu. Afin de mettre en valeur un espace et de le rendre attrayant pour la communauté, le design d’aménagements transitoires mise sur la modestie, la flexibilité, le faible coût et la rapidité de mise en œuvre.

Le concept et son origine

Depuis quelques années, les aménagements transitoires gagnent en popularité. Le design d’aménagements transitoires – qui s’inscrit dans la lignée de l’urbanisme tactique, des installations éphémères et de l’occupation temporaire de l’espace public – a pour but de valoriser les espaces urbains sous-utilisés ou les espaces publics existants ne remplissant pas les fonctions pour lesquels ils ont été conçus. Ces pratiques s’inscrivent dans une volonté grandissante de replacer l’humain au cœur de la réflexion sur l’espace public et, plus largement, de construire une ville à échelle humaine (PPS, s. d.).

À l’instar de l’aménagement tactique et d’autres approches similaires, le design transitoire s’intéresse à l’occupation temporaire de l’espace public. Cependant, il a pour but de nourrir une démarche progressive de design, passant du projet temporaire au permanent. Cela n’exclut pas, évidemment, qu’un projet temporaire conçu en dehors d’une telle démarche puisse être pérennisé s’il prouve sa pertinence.

Le réaménagement transitoire de la rue Delancey à New York | Source : NYC Department of Transportation

Le design d’aménagements transitoires peut être employé, notamment :

  • pour la requalification d’un site ou d'un bâtiment vacant ou sous-utilisé (p. ex. la création d'un jardin communautaire sur un terrain vacant) ;
  • pour le réaménagement d’un espace public existant, mais peu fréquenté (p. ex. la transformation d'un terrain de jeux pour répondre aux besoins des personnes âgées dans un quartier vieillissant) ;
  • La reconfiguration du partage de la rue en vue de sécuriser les déplacements actifs (p. ex. le réaménagement d'une intersection pour la rendre conviviale, l'élargissement de trottoir, l'ajout d'une infrastructure cyclable, etc.) ;
  • pour l’installation d’équipements particuliers (p. ex. un stationnement à vélos) ;
  • pour la modification d’un règlement (p. ex. l'autorisation des terrasses empiétant sur le trottoir).

Les acteurs

La nature progressive du projet suppose qu’il soit porté par un acteur en mesure de le pérenniser. En grande majorité, les municipalités, à qui appartiennent les espaces publics, jouent ce rôle, mais quelquefois aussi des associations ou des acteurs privés qui gèrent des espaces à caractère public.

Traverse piétonne devant une école à Thetford Mines | Source : Vivre en Ville

Cela dit, les projets peuvent émaner de demandes citoyennes ou provenant d’organisations, telles qu'une société de commerçants (SDC) ou une école, par exemple. Bien qu'ils n'aient pas compétence pour le réaménagement des espaces publics, ces acteurs peuvent être partenaires du projet temporaire, participer à sa conception et parfois même à son financement.

Puisque le projet leur est destiné, il importe de consulter les résidents à proximité de l’espace à réaménager et les usagers actuels ou anticipés. Ils possèdent un savoir d’usage (CEUM, 2015) qui permettra de contribuer à la définition ou à l’évaluation du projet, si ce n’est à sa conception.

La démarche

Dans le cadre d’un projet de réaménagement permanent, le design d’aménagements transitoires peut chevaucher les phases d’analyse de site, de consultation publique et de conception de projet. Sans nécessairement remplacer ces étapes, la démarche de design vise plutôt à les enrichir, en passant par :

  • une consultation préprojet, qui rassemble les différents acteurs et les citoyens, afin d'enrichir l’analyse du site et de bien identifier les problèmes ainsi que les objectifs à atteindre par le (ré)aménagement ;
  • la conception du projet temporaire, qui peut éventuellement se faire selon une démarche collaborative rassemblant les partenaires et citoyens consultés via :
    • des ateliers de design participatif, de coconception, etc. ;
    • ou des allers-retours entre la conception par le porteur de projet et sa validation par les partenaires et les citoyens impliqués ;
  • la mise en place du projet ;
  • l’évaluation du projet, pouvant comporter plusieurs volets :
    • l’observation in situ, afin de répertorier les usages qui sont faits du site, sa fréquentation, etc. ;
    • la consultation postprojet, ou les sondages aux partenaires, résidents et autres utilisateurs du site ;
    • les analyses de circulation, socioéconomique, etc. ;
  • l’intégration des apprentissages dans la conception du projet permanent.

Les bénéfices

Les projets de (ré)aménagement urbain traditionnels demandent généralement un travail de longue haleine. Leur planification et leur mise en œuvre peuvent s’étaler sur plusieurs années, exiger la participation de nombreux acteurs, nécessiter des investissements importants, et tout cela, sans garantie de résultat. De nature temporaire, les aménagements transitoires ne visent pas à remplacer cette démarche, mais bien à la bonifier (Harrop, 2015).

Intégré dans une réflexion plus large, le design d’aménagements transitoires permet de diminuer les risques associés à l’aménagement de projets permanents ou à une prise de décision précipitée, que ce soit en ce qui concerne l’investissement financier, l’acceptabilité sociale ou les retombées prévues. Menée avec sérieux et dans une optique de qualité des aménagements, malgré leur nature temporaire, la démarche de design est une façon de valider, par des moyens relativement simples et économes, l’atteinte des objectifs par la solution proposée. Elle permet aussi de relever des obstacles imprévus, en plus de favoriser l’adhésion des citoyens et des parties concernées (différentes directions municipales, commerçants, organismes locaux, etc).

Passer à l’action

Le processus d’approbation réglementaire et budgétaire ainsi que la coordination d’un projet de réaménagement d’espace public complexifient sa mise en œuvre et allongent les délais de réalisation du projet. Plus modeste que le projet final, et donc plus facile à appréhender, l’aménagement transitoire permet de passer à l’action rapidement. Il est ainsi possible de répondre aux attentes de la population, et aux problèmes soulevés, sans passer par une longue démarche qui pourrait s’étaler sur plusieurs années (NACTO, s. d.).

D’ailleurs, certains projets de réaménagement peuvent nécessiter des études de faisabilité ou d’impact préalables. Le projet transitoire apparaît donc comme une façon concrète d’évaluer certaines données avant de s’engager dans un projet permanent. Nul besoin d’attendre le résultat de ces études pour mettre sur pied un projet temporaire qui peut, au besoin, être démantelé rapidement.

Tester des solutions concrètes

La conception d’un espace public n’est pas chose simple et la solution à une problématique n’est pas unique. Parmi toutes les configurations d’un lieu ou d’une voie publique qui s’offrent aux concepteurs et aux décideurs, comment reconnaître la plus appropriée ? Face à ce défi, les aménagements transitoires doivent être vus comme ces projets pilotes. Ils ont vocation à mettre à l’épreuve des solutions concrètes avant de s’engager dans le projet permanent.

Le véloboulevard de la rue Père-Marquette à Québec | Source : Accès Transports Viables

Conçus de manière à être flexibles, avec l’objectif de tester plus d’une configuration (au besoin), les aménagements temporaires peuvent permettre de tester nombre de variables, notamment en ce qui concerne :

  • l’utilisation générale de l’espace (p. ex. valider l’emplacement choisi pour les différents usages d’un site : lieux de passage, terrasses, placottoirs, jeux d’enfant, piste cyclable, etc.) ;
  • les aspects techniques d’un projet (p. ex. la largeur des voies, les rayons de virage, l'accessibilité pour les livraisons, l'efficacité d’un système d’ombrage, etc.) ;
  • les retombées positives et négatives (p. ex. le nombre d’utilisateurs attirés, la circulation de transit déviée, etc.).

Les solutions d’aménagement mises à l’essai prouveront leur efficacité, ou leur échec, face aux objectifs du projet. Quel que soit le cas, les conclusions qui en seront tirées et qui seront intégrées au projet permanent ne feront qu’en améliorer la qualité. Les projets d’envergure peuvent même passer par plusieurs versions d’un aménagement transitoire avant de s’arrêter sur une solution optimale, dans une démarche itérative et progressive.

Engager la conversation et désamorcer la résistance au changement

La réussite d’un projet d’aménagement de l’espace public repose aussi sur la réponse citoyenne à l’aménagement proposé et l’engagement politique en vue de sa mise en œuvre.

Les aménagements transitoires offrent un support autour duquel engager la conversation entre les parties prenantes et permet à chacun d’exprimer ses appréhensions et ses aspirations au regard du projet envisagé. L’intégration de ces préoccupations dans le projet permanent favorise son acceptabilité sociale. Peu coûteux et destinés à entamer la conversation, les aménagements temporaires génèrent habituellement un engouement populaire, facilitant d’autant plus l’adhésion des citoyens et des organismes locaux à sa mise en œuvre permanente.

En ce qui concerne les projets controversés, démarrer la démarche par un aménagement transitoire peut être une occasion d'en prouver la pertinence et d'assurer, par la même occasion, un plus grand consensus parmi les décideurs (p. ex. au sein d’un conseil municipal) et de diminuer la résistance au changement du côté de la population. Puisqu’il est temporaire, et qu’il peut être démantelé s’il s’avérait inopportun, l’aménagement transitoire est une démarche sécurisante pour les décideurs comme pour les citoyens.

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Références

CEUM [Centre d’écologie urbaine de Montréal] (2015). L’urbanisme participatif : Aménager la ville avec et pour ses citoyens [PDF] 52 p.

HARROP, Dale (2015). « ‘Let’s make a prototype’: Exploring temporary urbanism in the form of transitional urban design schemes that can be tested prior to permanent implementation », dans Empowering Change – Transformative Innovations and Projects : Book of proceedings of the 8th international urban design conference, Brisbane (Australie), 16‑18 novembre 2015, Nerang, Australie, Association for Sustainability in Business Inc. [PDF] p. 124‑146.

NACTO [National Association of City Transportation Officials] (s. d.). « Interim Design Strategies », dans Urban Street Design Guide, NACTO. [En ligne]

PPS [Project for Public Spaces] (s. d.). « The Lighter, Quicker, Cheaper Transformation of Public Spaces », Project for Public Spaces. [En ligne]