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Rue à sens unique

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Le sens unique est une méthode de gestion de la circulation rendue populaire parallèlement à l’essor de l’automobile. Il a notamment pour objectif de réduire le nombre de conflits entre les usagers de la rue, d’assurer la fluidité de la circulation véhiculaire, d'accroître l’offre en stationnement, ou encore de limiter la circulation de transit. Aujourd’hui, ces aménagements sont de plus en plus remis en question : en dépit des avantages longtemps mis de l’avant, les sens uniques sont associés à différents problèmes, entre autres, liés aux vitesses véhiculaires plus élevées.

Le sens unique : une réponse pour les déplacements motorisés

Si l'étroitesse de certaines rues ou le nombre limité de voies, ont dicté la mise en place de certains sens uniques, c’est pour des raisons de sécurité et de fluidité de la circulation que la majorité de ceux-ci ont été aménagés en Amérique du Nord. La conversion de rues à double sens en rues à sens unique visait à faire face à une congestion croissante et à une forte demande pour des déplacements rapides. Au fil des décennies, différentes raisons ont été avancées pour justifier ces aménagements :

  • l’augmentation de la fluidité et de la capacité routières notamment par la réduction des croisements et des conflits (virages à gauche), et par une régulation de la circulation plus facile (synchronisation des feux de circulation);
  • le potentiel d’accroissement du stationnement sur rue sans perte de capacité;
  • la diminution de la circulation de transit.

Généralement, la mise en place de sens uniques s’effectue soit par paire pour répondre à un enjeu ponctuel (de fluidité par exemple), ou en alternance à l’échelle d’un quartier ou d’une ville. Le principal avantage des sens uniques est de limiter les conflits entre les véhicules circulant sur la chaussée, ce qui entraîne généralement :

  • une baisse des collisions impliquant des véhicules;
  • une hausse locale de la capacité routière;
  • une hausse des vitesses véhiculaires;
  • une limitation des désagréments liés aux livraisons pour les rues de plus d’une voie.

Toutefois, des contraintes sont également associées à la présence de sens uniques pour les déplacements motorisés :

  • à 50 % ;
  • à 160 % ;
  • la difficulté d’accès et d’orientation, notamment pour les non-résidents;
  • l’allongement des temps de réaction des véhicules d’urgence.

Des avantages nuancés pour les piétons

Note : les effets des sens uniques sur la sécurité des déplacements actifs sont moins documentés, et les études ne concordent pas. De plus, de nombreux paramètres, notamment sociaux, peuvent influencer les données.

La réduction du nombre de conflits aux intersections, fréquemment présentée en faveur des sens uniques, est également utilisée pour prouver que les sens uniques sont plus sécuritaires pour les piétons, notamment puisque les différents usagers n’ont pas à surveiller les deux directions. Cette diminution des conflits s’effectue toutefois davantage en faveur des véhicules (baisse de 62,5 % entre les cas A et B, et baisse de 25 % entre les cas A et C) qu’en faveur des piétons (baisses de 37,5 % et 12,5 % respectivement).

Source: Vivre en Ville

Si cette réduction du nombre de conflits peut paraître intéressante, certaines nuances sont à apporter :

  • les trajets rallongés et l’augmentation du nombre de virages associés à la présence de sens uniques induit une hausse des conflits ;
  • l’augmentation des vitesses et des débits généralement associée à la mise en place de sens uniques peut représenter une hausse de la gravité des collisions et une baisse de la convivialité pour les piétons et les cyclistes ;
  • en facilitant les virages à gauche, les sens uniques présentent le risque d’augmenter le nombre et la gravité des collisions entre automobiles et piétons ;
  • la mise en place de sens uniques crée de nombreuses variations dans les possibilités d’interactions entre les piétons et les automobilistes. Dans un environnement où toutes les intersections sont des intersections de rues à double sens, il n’existe que deux cas de figure à envisager pour un piéton avec quatre conflits potentiels, peu importe la branche franchie. Inversement, l’introduction d’une rue à sens unique fait naître une importante diversité de types d’interactions ou de points de conflit possibles (huit situations, dès l’ajout d’une rue à sens unique dans un réseau de rues à double sens).

Source: Vivre en Ville

Des accommodements nécessaires pour les cyclistes

Selon Vélo Québec : «Une rue à double sens de circulation est toujours préférable parce qu’elle limite la longueur des déplacements autant pour les cyclistes (efforts) que pour les autos (sécurité, énergie, pollution, bruit). La mise à sens unique d’une rue n’a pas de conséquence sur les piétons qui peuvent continuer de circuler dans les deux sens alors que les cyclistes voient leurs trajets allongés. Il est possible de remédier à cette situation en instaurant un double sens cyclable, où la circulation des cyclistes est permise dans les deux sens alors que les véhicules vont à sens unique.»

La mise en place d’un contresens cyclable est toutefois associée à une hausse du risque de collisions à cause de l’arrivée de cyclistes à contresens aux intersections (l’effet de la réduction du nombre de conflits se trouve donc amoindri). Les contresens cyclables sont donc plus adaptés sur les parcours avec peu d’intersections.

Par ailleurs, pour convertir une rue à double sens dépourvue d’aménagements cyclables en une rue à double sens avec des aménagements cyclables dans les deux sens, une voie (de circulation ou de stationnement) devra être supprimée dans si l’emprise de rue ne permet pas sa mise en place en dehors de la chaussée existante. Ce retrait permettra de limiter les vitesses pratiquées et de conserver une ambiance plus conviviale mais limite alors l’intérêt de la conversion du point de vue de la circulation des automobiles : il s’agit d’une baisse de capacité.

Des risques pour le dynamisme commercial

Pour de nombreuses rues commerciales, notamment dans les centres urbains, une part importante de l’achalandage est générée par les déplacements actifs ou en transport collectif. La sécurité et la convivialité des espaces publics devraient donc être des priorités pour assurer la qualité de ces milieux. Pour cela, les rues à double sens apparaissent plus appropriées, car elle assurent généralement une plus grande animation et diminuent les vitesses véhiculaires.

Par ailleurs, l’accessibilité et la visibilité routières ainsi que la disponibilité du stationnement constituent, pour de nombreux acteurs, un aspect clé du dynamisme commercial, particulièrement dans les milieux de faible densité et dépendants de l’automobile. En termes d’accessibilité et de visibilité depuis la rue, des vitesses réduites sont généralement considérées comme idéales (20 à 40 km/h), tandis que la présence de stationnements facilement accessibles est habituellement perçue comme indispensable par les commerçants. Sur de nombreux aspects, les rues à sens unique sont associées à des inconvénients lorsque comparées aux rues à double sens : - une déviation d’une partie importante de la circulation véhiculaire de passage ;

  • des vitesses de circulation plus élevées ;

  • moins d’attention requise pour les conducteurs ;

  • une visibilité dans une direction seulement (voir figure ci-dessous) ;

  • une dégradation potentielle de l’échelle humaine de la rue et de l’ambiance qui y est associée (rendue plus « routière » à cause de la plus grande capacité) ;

  • une accessibilité réduite causée par les détours, affectant notamment les visiteurs.

Angle de vision et parties de façades ignorées

Une solution à éviter systématiquement ?

Les sens uniques présentent un biais important en faveur de l’automobile. Dans une perspective de mobilité durable, il semble donc s’agir d’une solution rarement pertinente. Toutefois, les sens uniques présentent certains avantages puisqu’ils permettent de :

  • Limiter l’emprise des rues, notamment dans le cas de petites rues résidentielles.

  • Allouer de l’espace à d’autres modes, par exemple pour aménager des voies cyclables ou des voies réservées, ou encore des cases de stationnement sur rue dans les quartiers densément peuplés.

  • Réguler la circulation de transit, et améliorer par le fait même la sécurité et la convivialité pour les piétons.

  • Faciliter les traversée piétonnes hors intersection, particulièrement pour les rues étroites

  • Faciliter la circulation de véhicules lourds, notamment pour les virages aux intersections en évitant les surlargeurs.

Conversion de rue : une pertinence à évaluer finement

La conversion d’une rue à double sens en un sens unique présente certains risques non négligeables notamment pour les déplacements actifs et la vitalité des activités. Toutefois, il peut s’agir d’une démarche cohérente avec les principes des collectivités viables s’il s’agit d’un réaménagement visant à donner plus de place aux modes de déplacement actifs et au transport collectif, et non d’un projet destiné à augmenter la capacité routière ou le nombre de cases de stationnement, le tout sur une rue où les commerces ne dépendent pas principalement d’une accessibilité automobile et où les clients se déplacent principalement à pied ou en transport en commun. Enfin, puisqu’un des principaux avantages des sens uniques est de réduire les risques de collisions lors de virages à gauche, il importe de signaler que d’autres méthodes restreignant ces mouvements permettent d’atteindre les mêmes objectifs.

Par ailleurs, si le sens unique est déjà en place, rétablir un double sens peut-être complexe, notamment dans le cas d’un réseau complet de sens uniques. De plus en plus de collectivités font ce choix. Cependant, avant d’envisager une telle opération, il est intéressant d’envisager certaines solutions d’aménagement pour améliorer la sécurité et la convivialité pour les piétons et cyclistes, en aménageant des contresens cyclables et en réduisant la largeur de la chaussée notamment.

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