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Logistique des systèmes alimentaires de proximité

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L’amélioration des systèmes alimentaires de proximité (SAP) passe notamment par l’optimisation de leur logistique. Celle-ci regroupe l’ensemble des activités et des processus qui permettent d’assurer le flux efficient des produits alimentaires et de l’information, du point d’origine au point de consommation, en passant par les points d’entreposage et de distribution (d’après OQLF, 2013). L’optimisation de la logistique est identifiée comme étant l’un des principaux leviers pour améliorer la performance des SAP.

Les SAP, un modèle en vogue

Les initiatives alimentaires locales se sont multipliées au Québec au cours des dernières années. Des jardins communautaires et collectifs au démarrage de petites fermes urbaines, en passant par les réseaux d’aide alimentaire et de mise en marché de proximité, l’alimentation de proximité prend de l’ampleur. Par la relocalisation des infrastructures de production alimentaire et des circuits de distribution dans les collectivités, ces initiatives participent à la consolidation de systèmes alimentaires de proximité, durables et équitables.

Défis logistiques des SAP

L’émergence des SAP soulève néanmoins d’importants défis logistiques à l’échelle des organisations et des territoires. En effet, qu’elles soient à visée communautaire ou commerciale, les initiatives alimentaires locales sont souvent menées à petite échelle, par des personnes ou des organisations ne disposant pas de tous les moyens et de tous les équipements nécessaires pour assurer les opérations logistiques liées à l’entreposage, à la transformation et à la distribution des aliments. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’accroissement de la production locale, destinée à augmenter la consommation de produits locaux et à approvisionner des familles en situation d’insécurité alimentaire, peut se traduire par un gaspillage alimentaire et un coût énergétique important.

Faible optimisation

Les recherches récentes tendent à remettre en cause l’efficacité et la durabilité globale des SAP en raison d’une trop faible optimisation logistique et organisationnelle (Audet, Lefèvre et El-Jed, 2015; Blanquart et collab., 2015; Lerman, Feenstra et Visher, 2012; Plateau et Holzemer, 2016).

Contrairement aux acteurs du système alimentaire conventionnel, qui profitent d’organisations centralisées et d’installations technologiques extrêmement performantes pour gérer et déplacer de grands volumes de produits de manière continue, les acteurs de l’alimentation locale doivent agir dans des conditions souvent difficiles, avec des ressources et des moyens limités ainsi que des infrastructures et des équipements généralement non optimaux.

Les conséquences

Cette situation peut engendrer différents problèmes nuisibles au bon développement des SAP à long terme. Par exemple :

  • des techniques de conservation des aliments déficientes ou inappropriées peuvent causer des risques d’insalubrité ou de gaspillage alimentaire (FAO, 2005);
  • un réseau de mise en marché mal organisé peut être inefficace pour répondre adéquatement à la demande locale (Miller et collab., 2016);
  • le transport de petits volumes d’aliments, les déplacements à vide ou la multiplication des équipements et des installations dans les collectivités peuvent influencer négativement le bilan énergétique et environnemental global des initiatives (Auclair, s.d.; Blanquart et collab., 2015; Lacombe, 2013);
  • la sous-utilisation de certaines installations ou l'accès restreint à certaines infrastructures alimentaires de proximité peuvent contribuer à freiner l’émergence d’initiatives pourtant prometteuses.

L’implantation d’une chaîne logistique structurée et organisée représente, dans ce contexte, un défi important à relever pour les acteurs de l’alimentation locale.

Trois clés pour optimiser la logistique des SAP

Trois grandes pistes d’action semblent particulièrement prometteuses pour optimiser la logistique des SAP.

Développer des compétences techniques

Le développement de compétences techniques est un premier levier fort utile pour aider les acteurs de l’alimentation locale à mettre en place des projets plus performants. Que ce soit pour la production maraîchère ou le glanage dans les champs, le conditionnement et l’entreposage des produits en vue de leur conservation, la transformation des aliments ou encore la gestion et la préparation des commandes, les tâches sont nombreuses et parfois complexes pour les acteurs qui œuvrent sur le terrain. Par le transfert de connaissances et de savoir-faire techniques, il est possible d’améliorer l’efficacité des initiatives et de maximiser leurs retombées. Le renforcement de certaines compétences, comme les techniques de conservation alimentaire, représente une voie prometteuse afin de rendre les organisations et les communautés plus aptes à s’engager dans la mise en place de SAP.

Miser sur des infrastructures alimentaires de proximité

Entrepôt et chambre froide du Intervale Food Hub à Burlington, VT (États-Unis) | Source : Vivre en Ville

La présence d’infrastructures alimentaires de proximité, accessibles à la communauté, et leur utilisation constituent une autre clé importante pour faciliter la consolidation des SAP.

D’une part, la présence d’infrastructures alimentaires, telles que des jardins, des serres, des cuisines commerciales, des camions réfrigérés, des marchés publics ou même des plateformes de gestion et de commandes Web, permet de répondre aux besoins en matière de production, d’entreposage, de transformation et de distribution des aliments. Cela passe notamment par la réutilisation, la requalification et la revitalisation de l’existant, dont des installations et des infrastructures stratégiques de proximité qui sont généralement sous-utilisées ou inexploitées (bâtiments municipaux, centres communautaires, écoles, etc.) (Lerman, Feenstra et Visher, 2012; Messmer, 2013; Vivre en Ville, 2013).

Marché solidaire sur l’esplanade du métro Frontenac à Montréal | Source : Carrefour alimentaire Centre-Sud

D’autre part, la localisation joue un rôle extrêmement important dans l’accessibilité géographique et physique des infrastructures, ce qui influence du même coup l’organisation de la chaîne logistique alimentaire et les modes de déplacements dans les collectivités (Vivre en Ville, s.d.). Le choix de la localisation a des impacts directs sur les distances parcourues par les producteurs, les distributeurs et les consommateurs, sur la logistique du « dernier kilomètre » ainsi que sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues aux déplacements motorisés (Vivre en Ville, s.d.). La localisation des activités et des infrastructures alimentaires dans les centralités locales, comme les cœurs de quartier ou les noyaux villageois, contribue donc à garantir l’accessibilité aux installations, à réduire les coûts de transport et les émissions de GES, en plus de faciliter les chaînes de déplacements, ce qui permet de maximiser les activités au cours d’un même trajet et d’économiser du temps (Vivre en Ville, 2013).

Mettre en place des organisations logistiques collectives

Les études tendent à démontrer que les formes d’organisation collective sont les plus à même d’aider les acteurs de l’alimentation locale à surmonter les défis qui se présentent à eux (Auclair, s.d.; Équiterre, s.d.; Lerman, Feenstra et Visher, 2012; Messmer, 2013; Morana et Gonzalez-Feliu, 2011; Plateau, 2016). En effet, la structuration d’organisations logistiques qui s’appuient sur la coopération et la mutualisation semble être une stratégie efficace pour améliorer la performance des initiatives alimentaires et renforcer les SAP.

Certains modèles d’organisation, comme les centres alimentaires communautaires ou les pôles logistiques alimentaires régionaux, visent à répondre aux besoins des acteurs locaux en matière de gestion, d’installations et d’infrastructures. Cela peut se traduire de multiples façons, notamment par le développement de partenariats et de regroupements entre producteurs et consommateurs, par un accompagnement et un soutien technique aux acteurs locaux (p. ex. développement, gestion de données, marketing, etc.) ou encore par le partage des infrastructures et des frais d’exploitation (p. ex. un entrepôt ou une cuisine commerciale commune, l’achat collectif d’un camion, des points de vente collectifs). Ces stratégies peuvent contribuer à terme à l’agrégation de l’offre pour répondre aux besoins des grands acheteurs (p. ex. grossistes, chaînes d’alimentation, institutions), à assurer un approvisionnement continu et diversifié en produits locaux et à réduire les frais d’exploitation ainsi que la charge de travail des acteurs sur le terrain (Auclair, s.d.; Claire, 2017; Lacombe, 2013; Raton, 2015).

Schéma type d’un centre alimentaire communautaire | Source : Vivre en Ville

D’autres formes d’organisation collective, comme les instances de concertation régionales, vont plutôt favoriser les démarches stratégiques concertées et la prise de décision collective. Ces organisations contribuent à la définition d’objectifs, d’orientations et de stratégies communes pouvant mener à une gouvernance alimentaire territoriale, et ultimement, à l’élaboration de réglementations municipales ou de politiques publiques favorables aux acteurs de l’alimentation locale.

Enfin, il est possible d’optimiser les SAP via le renforcement des opérations techniques, des infrastructures alimentaires ainsi que de leur organisation logistique globale, ce qui améliorera à terme leur performance et maximisera leurs retombées à l’échelle locale.

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Références

AUCLAIR, Fanny (s.d.). Organisation collective de la logistique dans les circuits courts alimentaires, Synthèse du Rapport de l’étude sur les collaborations logistiques dans les circuits de proximité menée par la FNCUMA, France. [PDF]

AUDET, René, Sylvain LEFÈVRE et Mahdiah EL-JED (2015). La mise en marché alternative de l’alimentation à Montréal et la transition socio-écologique du système agroalimentaire, Les cahiers de recherche OSE, no 1, juin 2015. [PDF] 31 p.

BLANQUART, Corinne et collab. (2015). « Vecteurs et freins d’une logistique plus durable dans les circuits courts : le cas du Nord-Pas-de-Calais », 52ème colloque de l’Association de Science Régionale de Langue Française (ASRLDF), Montpellier, [PDF], 16 p.

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LERMAN, Tracy, Gail FEENSTRA et David VISHER (2012). A Practioner’s Guide to Resources and Publications on Food Hubs and Values-Based Supply Chains : A Literature Review, Agricultural Sustainability Institute, University of California, Davis. [PDF] 17 p.

MESSMER, Jean-Guillaume (2013). Les circuits courts multi-acteurs : émergence d’organisations innovantes dans les filières courtes alimentaires, INRA. [PDF] 69 p.

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PLATEAU, Lou et Laurence Holzemer (2016). « Les enjeux logistiques » dans Analyse dynamique de la durabilité vécue et mise en œuvre par les acteurs des circuits courts, Rapport de recherche du Centre d’Études Économiques et Sociales de l’Environnement (CEESE-ULB), Wallonie. [PDF] 44 p.

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VIVRE EN VILLE (s.d.). « Impact de la localisation des activités sur les émissions de gaz à effet de serre », Collectivités viables. [En ligne]