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Habitats durables

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L’habitat durable désigne un milieu bâti et les habitations qui le composent, qui contribuent ensemble au développement viable des collectivités. Au-delà du caractère écologique des bâtiments, la notion d’habitat durable fait référence à un cadre de vie confortable et attrayant qui permet des modes de vie eux-mêmes durables.

D’une part, l’habitat durable est composé d’habitations performantes sur le plan énergétique, agencées de façon compacte et attrayantes, conçues en fonction des attentes de ménages aux profils variés. D’autre part, il contribue à l’amélioration du bilan énergétique des ménages, moins dépendants de l’automobile, en améliorant l’accessibilité des lieux d’emploi, commerces, services, écoles, espaces publics et du transport en commun.

L’habitat durable participe ainsi à l’aménagement viable des collectivités en s’assurant, entre autres, de réduire la consommation de ressources, de contribuer à la densification des milieux de vie, d’atténuer l’émission de gaz à effet de serre, ainsi que l’impact des changements climatiques.

La nécessité de se tourner vers un nouveau modèle d’habitat

En raison de leur localisation, de leur forme et des milieux de vie qu’ils créent, les modèles d’habitations qui prédominent dans l’offre actuelle constituent, pour plusieurs, de grands consommateurs de ressources.

Par ailleurs, l’offre résidentielle ne correspond pas toujours aux besoins et aspirations de la population. Ainsi, bien que les terrains à construire se fassent de plus en plus rares et que les constructeurs se tournent davantage vers les immeubles multilogements (Québec. SHQ, 2015), la majorité des ménages souhaitent encore demeurer dans une maison individuelle (SOM, 2015).

L’habitat durable se veut donc une réponse à ces défis, mais également aux enjeux suivants :

Figure 1. Parts de la consommation d’énergie et des émissions de GES au Québec (2013) / Source: Vivre en Ville et Écobâtiment, d’après HEC, 2015 et Québec. MDDELCC, 2016.

L’accroissement de la demande énergétique et des émissions de gaz à effet de serre

Malgré une efficacité énergétique grandissante, la demande énergétique liée au secteur de l’habitation demeure élevée en raison de la croissance du nombre de ménages et de l’augmentation de la superficie moyenne des habitations. Au Québec, cette dernière a augmenté de 17% entre 1990 et 2012 (HEC, 2015).

En parallèle, les quartiers résidentiels situés à grande distance des commerces, des services et des lieux d’emploi contribuent à accroître la dépendance à l’automobile ainsi que les distances de déplacement. Ceci se traduit entre autres par l’augmentation des gaz à effet de serre attribuables au transport des personnes, dont la part des émissions s’élevait à 22,6% en 2013 (Québec. MDDELCC, 2016).

L’équilibre des finances publiques

Les secteurs bâtis représentent, selon leur densité, une charge variable pour les municipalités en ce qui concerne les services publics et les coûts d’immobilisation et d’entretien des infrastructures (CRE Capitale-Nationale, 2011). Un milieu plus dense est plus rentable à desservir, puisque les coûts attribuables aux services sont amortis par un plus grand nombre d’usagers. La faible densité des secteurs résidentiels qui prédominent au Québec ne contribue pas à alléger la charge fiscale des municipalités; bien au contraire, elle représente souvent un fardeau à long terme.

La faible qualité de l’habitat dense

Depuis 2005, les mises en chantier de maisons individuelles sont en baisse de plus de 50%, au profit d’une augmentation de celles des immeubles multilogements (Québec. SHQ, 2015). La maison individuelle demeure pourtant l’idéal résidentiel d’une grande part de la population (GIRBa, 2002; Auger, 2014), ce qui est alimenté, en partie, par la faible qualité de l’offre résidentielle de plus forte densité. Entourées de stationnements de surface et offrant peu d’espaces extérieurs de qualité, les habitations mitoyennes et multiples n’ont pas toujours de quoi compenser la perte d’intimité et d’espace, attributs que la population recherche dans les maisons individuelles.

Figures 2-3. Une offre résidentielle dense, mais peu attrayante. Les Québécois boudent-ils l’habitat dense, ou plutôt la piètre qualité de ce qui leur est offert? En l’absence d’espaces extérieurs attrayants, l’architecture monotone et l’uniformité des habitations mitoyennes et des immeubles multilogements contribuent peu à redorer l’image de ces types d’habitations. / Source : Vivre en Ville

Les quatre conditions de l’habitat durable

L’habitat durable suppose que les milieux bâtis et les habitations qui les composent contribuent au développement de collectivités viables: il se décline donc aux échelles du quartier et du bâtiment.

D’abord, l’habitat durable formerait un milieu compact et mixte, comportant des lieux d’emploi, des commerces, des services et des espaces publics de qualité, à proximité des résidences. Contribuant à un milieu de vie complet, ces éléments assurent l’accessibilité des activités quotidiennes sans constituer un fardeau pour l’environnement et les finances publiques.

L’habitat durable serait ensuite composé d’habitations qui répondent aux besoins de l’ensemble de la population, tout en étant performantes sur le plan énergétique. Il présente idéalement une mixité socioéconomique et générationnelle, ainsi qu’une diversité de types d’habitations.

Selon Vivre en Ville et Écobâtiment (2017), pour arriver à de tels résultats, un milieu bâti devrait réunir quatre conditions :

À L'ÉCHELLE DU QUARTIER

  • La compacité du tissu urbain
  • La proximité des activités

À L'ÉCHELLE DU BÂTIMENT

  • L’attractivité, ou désirabilité, des habitations
  • La performance énergétique des habitations

1. Un tissu urbain compact

En permettant de regrouper plus de ménages sur un même territoire, la compacité et la densité permettent de limiter les coûts du logement, ce qui constitue un atout majeur pour l’abordabilité.

En rapprochant les habitations les unes des autres, la compacité favorise l’économie de ressources nécessaires pour construire, entretenir et desservir chaque unité résidentielle. À plus large échelle, cela se traduit également par l’optimisation de l’occupation du territoire et une protection accrue des milieux naturels et agricoles.

Pour ces raisons, le développement de formes d’habitations compactes, mais attrayantes, est un défi inhérent à la création d’habitats durables. À cet égard, la conception d’habitations mitoyennes et multiples avec un « confort » équivalent à celui de la maison individuelle est plus que pertinente.

Figure 4. Les différents paramètres de la compacité / Source : Vivre en Ville

2. Des commerces et des services à proximité des habitations

À l’échelle d’un quartier, la proximité des commerces et des services du quotidien est essentielle pour garantir leur accessibilité et pour favoriser une mobilité durable. Elle est assurée conjointement par la mixité des activités, la compacité et la densité bâtie, ainsi que la perméabilité de la trame urbaine :

  • La présence de lieux d’emploi, de commerces, de services, d’équipements publics et d’espaces récréatifs à proximité des habitations est la meilleure façon d’en garantir l’accessibilité. Cette proximité favorise à son tour les déplacements actifs puisque la plupart des destinations se trouvent à distance raisonnable des habitations.

  • L'accessibilité du réseau structurant de transport en commun est importante pour permettre à la population d’atteindre certaines destinations qui ne font pas partie d’une offre de proximité, par exemple, le centre-ville, une université, un musée, un hôpital, etc.

  • La compacité participe à la réduction des distances entre chaque bâtiment, favorisant ainsi la proximité entre les activités. La densité assure quant à elle une clientèle de proximité, nécessaire à l’implantation ou au maintien des commerces et des services.

  • La perméabilité de la trame urbaine réfère à la possibilité de traverser un îlot ou un quartier de façon directe et efficace, sans avoir à faire de détours pour atteindre une destination. Elle est indispensable à l’accessibilité des commerces et services.

Figure 5. Vivre en Ville et Écobâtiment (2017) traduisent les qualités des habitations denses, attrayantes et performantes en dix clés, des incontournables vers la création d’habitations durables. / Source : Vivre en Ville et Écobâtiment

3. Des habitations denses et attrayantes

Si la compacité du tissu urbain est un prérequis à la création d’habitats durables, les formes d’habitations denses qui les composent doivent nécessairement constituer une alternative attrayante à la maison individuelle. Pour y arriver, les formules proposées doivent se rendre désirables en répondant aux attentes et aux besoins des résidents.

En plus de viser une offre variée en ce qui concerne les types de logements et le mode de tenure (propriété, location, etc.), l’habitat durable devrait chercher à concilier les besoins en ce qui concerne:

  • la superficie, adéquate pour loger confortablement des ménages de tailles variées;

  • l’abordabilité du logement;

  • l’accès à des espaces extérieurs de qualité, incluant des espaces privés, mais aussi des espaces publics comme des parcs et des aires de jeux;

  • la quiétude et l’intimité:

  • dans les logements, grâce à bonne insonorisation et une bonne planification de la cohabitation des usages;

  • dans les espaces extérieurs, grâce à une conception soignée des interfaces entre les espaces publics, semi-publics et privés;

  • l’offre de rangement en quantité suffisante, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur;

  • l’accessibilité universelle des logements;

  • la flexibilité et l’adaptabilité des divisions intérieures, susceptibles de répondre aux besoins évolutifs des ménages et d’améliorer la résilience du parc résidentiel aux changements sociodémographiques.

4. Des bâtiments performants et confortables

Figure 6. La compacité des bâtiments multiplie leur ef cacité énergétique par une réduction importante des déperditions de chaleur. Comprenant moins de murs extérieurs que les habitations unifamiliales isolées, les habitations mitoyennes et/ ou superposées conservent mieux leur chaleur, réduisant leur demande énergétique. / Source : Vivre en Ville

En plus de représenter une option performante en ce qui concerne les dépenses en infrastructures publiques, la compacité des habitations permet aussi de réaliser des économies d’échelle dans la construction et l’utilisation des bâtiments, optimisant du même coup la consommation de ressources attribuables au secteur résidentiel. La construction d’habitations mitoyennes et superposées diminue la quantité de matériaux de construction nécessaires par logement, en plus d’offrir une conservation d’énergie supérieure, grâce à la compacité (Rey, 2013).

Par ailleurs, puisque les coûts de construction sont amortis par un plus grand nombre d’usagers, les formes d’habitations denses offrent l’opportunité d’investir dans une architecture performante et de qualité, caractérisée par une durée de vie du bâtiment prolongée, une faible consommation énergétique et l’emploi de matériaux à faible impact environnemental. Pour être considéré comme performant, un bâtiment doit pouvoir demeurer confortable et fonctionnel pendant toute la durée de sa vie utile sans entraîner, de la part des résidents, un usage immodéré d’eau potable, d’électricité ou de combustibles. Enfin, sa construction ne devrait pas contribuer pas à aggraver les phénomènes climatiques locaux comme les îlots de chaleur urbains ou les inondations (Vivre en Ville et Écobâtiment, 2017).

Les acteurs du changement

Mettre en œuvre l’habitat durable n’est pas du ressort des seuls constructeurs. Pour assurer le succès à long terme d’une formule qui combine compacité, proximité, attractivité et performance, plusieurs acteurs, tant publics que privés, ont un rôle à jouer. Il revient d’abord aux acteurs publics de créer un contexte normatif et réglementaire favorable à l’habitation mitoyenne et multiple. Du côté des promoteurs, il est opportun de profiter pleinement de l’étape de conception pour intégrer toutes les préoccupations pertinentes - visant à répondre au mieux aux besoins et aspirations des ménages par des constructions d’une grande qualité - par exemple via une démarche de conception intégrée ou le recours à des certifications. Enfin, des pratiques de gestion appropriées peuvent être prévues afin de favoriser une cohabitation harmonieuse entre les occupants, et de permettre une exploitation et un entretien optimaux des habitations mitoyennes et multiples. Réunies, ces actions favorisent l’implantation réussie d’un habitat durable composé d’habitations denses, attrayantes et performantes.

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AUGER, Samuel (2014). «Le rêve de la banlieue bien vivant à Québec », La Presse, 14 avril 2014.

CRE CAPITALE-NATIONALE [CONSEIL RÉGIONAL DE L’ENVIRONNEMENT – RÉGION DE LA CAPITALE-NATIONALE] (2011). Étude comparative sur la quantité d’infrastructures nécessaire aux nouveaux développements dans la Ville de Québec et à Fribourg, en Allemagne, rapport de recherche pour le Service de l’aménagement du territoire de la Ville de Québec, Division de l’urbanisme [PDF]. 37 p.

GIRBa [GROUPE INTERDISCIPLINAIRE DE RECHERCHE SUR LES BANLIEUES] (2002). La banlieue revisitée, sous la direction de Andrée Fortin, Carole Després et Geneviève Vachon, Éditions Nota bene., 304 p.

GROUPE AGÉCO (2013). Le capital écologique du Grand Montréal: Une évaluation économique de la biodiversité et des écosystèmes de la Ceinture verte, rapport réalisé pour la Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec [PDF]. 60 p.

HEC MONTRÉAL (2015). État de l’énergie au Québec 2016, Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal [PDF]. 39 p.

OURANOS (2013). L’évaluation économique des biens et services écosystémiques dans un contexte de changements climatiques: un guide méthodologique pour une augmentation de la capacité à prendre des décisions d’adaptation, Consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques [PDF]. 218 p.

QUÉBEC. MDDELCC [MINISTÈRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, DE L’ENVIRONNEMENT ET DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES] (2016). Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2013 et leur évolution depuis 1990, Direction des politiques de la qualité de l’atmosphère, MDDELCC., 23 p.

QUÉBEC. SHQ [SOCIÉTÉ D’HABITATION DU QUÉBEC] (2015). « Bilan 2014 » Le marché de l’habitation au Québec, SHQ (consulté le 23 juin 2016). En ligne

Rey, Emmanuel. (2013). Green density. Lausanne, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes. 193 p.

SOM (2015). Perceptions et tendances en habitation au Québec, Rapport nal présenté à la Société d’habitation au Québec [PDF]. 46p.

VIVRE EN VILLE ET ÉCOBÂTIMENT (2017). Réussir l’habitat dense : dix clés pour des habitations compactes, attrayantes et performantes, 132 p. (coll. Outiller le Québec; 9) [www.vivreenville.org].