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Gated community

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La gated community est une forme de lotissement résidentiel fermée qui a rapidement gagné en popularité depuis les années 1990 partout dans le monde, et en particulier aux États-Unis, avec la croissance de l’insécurité urbaine et des inégalités.

Les caractéristiques d’une gated community

Une gated community est un lotissement fermé, sécurisé et géré par une association de propriétaires (Le Goix, 2003). Sa taille peut varier d’ensembles résidentiels d’une cinquantaine de lots à de véritables villes privées encloses de 15 000 habitants (Blakely & Snyder, 1997).

Un lotissement à accès restreint

Elle est issue d’un projet immobilier visant à offrir une valeur ajoutée aux acheteurs. Une clôture la ferme sur elle-même et protège l’homogénéité sociale des résidents comme la valeur des biens immobiliers (Le Goix, 2006).

La privatisation des espaces publics

La gated community privatise l’espace qui aurait été public dans un lotissement classique et prend en charge les prérogatives de la municipalité à cet égard, notamment la sécurité et la gestion des rues, d’un parc, ou d’un équipement.

Un régime de gestion privée

Enfin, elle est régie par une association de propriétaires contraignante, dotée de règlements propres, permettant notamment de régir le profil des propriétaires et des locataires ainsi que les usages. Les compétences qu’assume la copropriété impliquent une participation financière importante des résidents.

Quelles sont les motivations de l’auto-enfermement résidentiel ?

L’auto-enfermement résidentiel est un moyen de se mettre à l’abri du monde ordinaire, dans une dimension accessible seulement à certains humains (Degoutin, 2008) puisque l’extérieur est vécu comme une menace (Madoré, 2004).

Le prestige : un lieu et des services exclusifs

L’enclosure donne à une communauté triée sur le volet la jouissance exclusive d’un site exceptionnel et des services qui y sont associés. C’est aussi un signe extérieur de richesse.

L’entre-soi : la sélection des résidents

Le règlement de copropriété garantit une homogénéité sociale, qui crée un effet club. Il permet de discriminer les résidents en fonction de caractéristiques précises, qui peuvent concerner le niveau de vie, l’âge, les goûts, la religion ou les valeurs. Le règlement soumet de plus les résidents à des règles de vie qui encadrent et limitent la liberté individuelle (Le Goix, 2003) et assurent que les résidents se comportent comme vous (Degoutin, 2008).

La sécurité : le contrôle des visiteurs

L’accès au lotissement est contrôlé par un système de sécurité qui peut aller d’une barrière légère à la présence de gardes armés (Charmes, 2011). L’objectif est d’interdire l’accès aux non-résidents, pour protéger l’exclusivité du lieu et offrir un sentiment de sécurité, qui prend d’autant plus d’importance dans les contextes de violence urbaine. Provoquant une inquiétude globale, le sentiment de perte de contrôle sur son environnement est aussi un moteur de repli suffisant sur un milieu sécurisant qui garde les autres à distance (Madoré, 2004 ; Low, 2001).

Des enclaves problématiques ?

Les gated communities, porteuses de fantasmes (Degoutin, 2008), déclenchent des réactions tranchées d’adhésion et surtout de rejet, lesquelles mettent en avant leurs caractéristiques anti-urbaines. Pourtant, les attaques contre ce modèle gagneraient à viser les profonds dysfonctionnements urbains dont ce phénomène est le symptôme.

Des ghettos de riches ? La ségrégation socio-spatiale

Bien que les gated communities s’appuient sur la ségrégation, on ne peut pas parler de ghetto de riches : la plupart d’entre elles sont des lotissements dortoirs protégés où il ne se passe rien la journée et où, loin de former une communauté tricotée serrée, les voisins ne se parlent pas. Dans les pays du Sud et aux États-Unis, de plus en plus de gated communities ciblent désormais la classe moyenne ou même défavorisée, que la police s’avère incapable de protéger. Le phénomène des gated communities est davantage un indicateur des inégalités que de repli sur sa communauté (Charmes, 2011).

La privatisation de l’espace public ? La crise de l’espace public

Le développement de gated communities rencontre parfois les intérêts des municipalités, quand ces dernières ne les planifient pas elles-mêmes, comme en Égypte, au Brésil ou en Chine. La privatisation de rues soulage en effet les finances municipales. Plusieurs villes-centres américaines s’accommodent aussi des gated communities pour leur capacité à retenir des ménages de la classe moyenne malgré l’appel de la banlieue (Charmes, 2011).

Une escalade sécuritaire ? La ville fonctionnaliste

Un ressort important du phénomène est le sentiment d’insécurité (Low, 2001). Pourtant, les mesures prises visent moins la sécurisation (souvent plus dissuasive qu’efficace) que la régulation des comportements de stationnement ou de circulation automobile, de regroupement d’adolescents, etc. Charmes (2011) en déduit que le succès des gated communities relève du fait que le quartier n’est plus que rarement le lieu de vie principal des citadins, et qu’il n’est plus en mesure de s’autoréguler.

Une approche prédatrice des fonds publics ? L’extension du secteur privé dans la production et la gestion des villes

Les plus grandes gated communities sont des minivilles, dont l’évolution semble tendre vers la constitution en municipalités propres. Elles assument déjà une partie des prérogatives municipales et souhaitent s’arroger ainsi les subsides gouvernementaux. Cette tendance traduit la place croissante que prend le secteur privé dans la production et la gestion des villes et pousse à l’extrême le partenariat public-privé (Charmes, 2011).

Il faut comprendre les gated communities comme le symbole de l’utopie suburbaine, banale et discrète, qui promet un environnement et une société parfaits, maîtrisés, à l’abri de l’extérieur et de toute évolution indésirable (Degoutin, 2008).

Le Québec, un terreau favorable ?

Un état des lieux complet des gated communities fait encore défaut au Québec. On recense cependant des exemples québécois qui y ressemblent fort.

À Rosemère, sur la rue du Jardin-des-Tourelles, les Jardins Valmer constituent un lotissement fermé avec un portail et une voie d’accès privée. Ils sont gérés par un syndicat de copropriétaires. Un lotissement similaire existe à Mascouche : Les Villas des Cours de l'Étang sont réservées aux 50 ans et plus, bien que la rue ne soit pas fermée (ni de tenure privée). À Laval, le complexe de tours Aquablu, fermé et donnant accès à une marina privée, fait une sélection de ses résidents par le coût des logements.

De nombreux lotissements s’apparentent à des gated communities, sans en remplir tous les critères, par exemple : les lotissements dans le golf du Parcours du Cerf à Longueuil, le Boisé des Augustines et les Jardins Mérici à Québec. La limite est mince entre les gated communities et les complexes de condos dont les accès sont eux aussi contrôlés et qui offrent des voies et des équipements de loisirs à l'usage exclusif des résidents.

Aux États-Unis, ainsi que dans de nombreux pays de l’hémisphère sud, le succès du concept de gated communities repose en grande partie sur l’aspiration à un cadre de vie sécuritaire. En Europe, c’est la tentation de l’entre-soi résidentiel qui sert de moteur aux gated communities, mais l’espace public reste le lieu de la mise en scène du lien social. Faute de problématiques graves d’insécurité ou d’inégalités, le Québec n’est a priori pas un terrain fertile pour les gated communities. Les promoteurs québécois estiment que le ressort de leur développement résiderait dans la qualité du milieu de vie offert et dans la recherche de l’homogénéité sociale, plus que dans la fermeture et la privatisation.

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BLAKELY, Edward J. et Mary Gail SNYDER. 1997. Fortress America : Gated Communities in the United States, Brookings Institution Press, Lincoln Institute of Land Policy, 208 p.

CHARMES, Éric (2011). « Les Gated Communities : des ghettos de riches ? », La Vie des idées, Institut du Monde Contemporain. (consulté le 10 mars 2017).

DEGOUTIN, Stéphane (2008). « Le slogan « gated community » », Cahiers des Amériques latines, no. 59. [DOI : 10.4000/cal.1054]. (consulté le 10 mars 2017).

LE GOIX, Renaud (2006). « Les gated communities aux États-Unis et en France : une innovation dans le développement périurbain ? », Hérodote, vol. 3, no 122, p. 107-137. (consulté le 10 mars 2017).

LE GOIX, Renaud (2003). Les ”Gated Communities” aux Etats-Unis. Morceaux de villes ou territoires à part entière ?. Géographie. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I. (consulté le 10 mars 2017).

LOW, Setha M. (2001). « The Edge and the Center: Gated Communities and the Discourse of Urban Fear », American Anthropologist, New Series, Blackwell, au nom de The American Anthropological Association Stable, Vol. 103, No. 1, pp. 45-58. Publié par. (consulté le 20 janvier 2017).

MADORÉ, François (2004). « Fragmentation urbaine et développement de l'auto-enfermement résidentiel dans le monde », L'information géographique, vol. 68, no 2, pp. 127-138. (consulté le 10 mars 2017).

QUÉBEC. Ministère des Affaires Municipales et de la Métropole (2003). « Les gated communities aux États-Unis et au Canada - Synthèse», Observatoire Municipal. (consulté le 20 janvier 2017).