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Autopartage et véhicules en libre-service

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L’autopartage est un service permettant à l’adhérent d’avoir accès à un véhicule automobile sans en être propriétaire, moyennant des frais d’adhésion et d’utilisation. Cette pratique permet de profiter ponctuellement des avantages de l’automobile, sans avoir à en assumer les coûts de possession, non plus que la responsabilité de l’entretien et du stationnement (Vivre en Ville et Accès transports viables, 2013).

L’autopartage : fonctionnement

Différents types de services d’autopartage existent, le plus courant étant celui offert par une entreprise ou une coopérative qui gère la flotte de véhicules pour ses adhérents ou ses membres. Le service peut également être offert par des particuliers qui rendent leur véhicule privé disponible à des moments spécifiques, souvent par le biais d’une plateforme Web ou d’une application mobile. Certaines municipalités rendent également des véhicules de leur flotte corporative disponibles en autopartage, pour leurs employés et leurs citoyens. Il s’agit d’une façon de rentabiliser des véhicules faiblement utilisés, tout en offrant une option de transport supplémentaire à la population.

Les coûts de l'autopartage se divisent en deux volets :

  • des frais d'adhésion, incluant en général les assurances pour le conducteur,
  • la facturation de l'utilisation, en fonction de la durée du déplacement et du kilométrage parcouru.

On distingue actuellement deux principales formules d’autopartage :

  • Le service en boucle : formule classique d’autopartage où l’usager réserve un véhicule à une station spécifique et le rapporte à cette même station après son déplacement.
  • Les véhicules en libre-service (VLS) : formule d’autopartage sans réservation et sans station dédiée, où l’usager prend possession d’un véhicule stationné la plupart du temps sur la voie publique à un point A, et le libère à la fin de son déplacement à un point B.

Les véhicules en libre-service : encore plus de flexibilité

Les voitures en libre-service répondent à des besoins spontanés de déplacement. Elles permettent une flexibilité qui se rapproche de celle offerte par la possession d’un véhicule privé : accéder à un véhicule spontanément et rapidement, sans nécessairement planifier la durée ou la destination finale du déplacement. Ces véhicules offrent en outre un avantage sur la voiture privée : on peut les utiliser pour une portion de déplacement seulement, puis les libérer sans les rapporter au point de départ. Leur utilisation est en pleine expansion, notamment grâce aux applications mobiles qui permettent de localiser en tout temps le véhicule disponible le plus près de l’usager.

Les véhicules en libre-service utilisent principalement les espaces de stationnement sur rue, hors des zones tarifées. Pour ce faire, le gestionnaire du service doit collaborer avec la municipalité pour qu'elle autorise la pratique, en plus de s'acquitter des frais de vignette.

L’autopartage, chaînon manquant de la mobilité durable

L’autopartage est considéré comme le chaînon manquant de la mobilité durable, puisqu’il ouvre la voie à des déplacements impossibles à effectuer par les modes de transports actifs ou collectifs. En effet, l’utilisation d’une voiture s’avère incontournable pour certains déplacements, par exemple pour rejoindre des destinations excentrées. L’autopartage offre alors une solution et constitue un compromis entre l’absence d’une automobile dans ses options de transport et la possession d’un véhicule privé. Ce service est ainsi largement utilisé pour des activités de loisir, de magasinage, ou encore pour des déplacements professionnels occasionnels (Vivre en Ville et Accès transports viables, 2013).

L’autopartage est particulièrement utile et répandu là où les résidents sont en mesure d’effectuer la majorité de leurs déplacements en transport en commun, à vélo ou à pied. Il supporte ainsi les modes de déplacements collectifs et actifs plutôt que de les remplacer, et s’inscrit comme un ingrédient essentiel des pratiques multimodales et intermodales.

L’autopartage pour réduire le taux de motorisation et l’utilisation de la voiture

Un véhicule d’autopartage permet de remplacer près de dix véhicules privés. Selon une étude de l’École Polytechnique de Montréal, en 2010, 81,4 % des usagers de Communauto déclaraient avoir vendu leur voiture (41,2 %) ou renoncé à l’achat d’un véhicule en s’abonnant au service d’autopartage (Communauto, 2016). À Montréal, le service a contribué à diminuer le parc d’automobiles en circulation de 12 000 unités (Nouri et collab., 2013).

L’autopartage permet de réduire l’usage de l’automobile de 40 à 60 % (Litman, 2015). À titre d’exemple, à Montréal, les ménages d’un ou de deux adultes utilisateurs de l’autopartage ont 3,7 fois moins recours à la voiture pour leurs déplacements quotidiens que les ménages comparables possédant un véhicule (Communauto, 2016). Deux éléments contribuent à expliquer ce phénomène.

Premièrement, pour un même type de trajet (origine, destination, distance, qualité de la desserte en transport en commun) et les mêmes caractéristiques individuelles de l’usager (sexe, âge, occupation, revenu), le choix d’utiliser l’automobile ou le transport en commun est en fait principalement influencé par la possession ou non d’une voiture (Bourel, 2005). Sa possession est une première étape dans la dépendance à l'automobile.

Deuxièmement, la diminution des déplacements motorisés chez les usagers de l’autopartage s’explique par la répartition des coûts d’utilisation des véhicules. Les frais fixes d’une automobile privée représentent près de 75 % de ses dépenses totales annuelles; les propriétaires de voiture ont donc avantage à effectuer plusieurs déplacements pour rentabiliser l’achat de leur véhicule et ses frais fixes afférents. Pour les utilisateurs de l'autopartage, la situation est pratiquement inverse : les coûts variables occupent une part beaucoup plus importante des dépenses annuelles totales. En effet, chaque kilomètre parcouru leur coûte jusqu'à 2,5 fois ce qu'il en coûte à un propriétaire d'automobile, alors que le prix annuel d'abonnement (coût fixe) est jusqu'à 40 fois inférieur aux frais fixes d'une automobile individuelle (VTPI, 2018). Voilà qui incite à une utilisation plus raisonnée des véhicules (Litman, 2015).

Des bienfaits environnementaux chiffrés

En diminuant la possession et l’utilisation de la voiture, l’autopartage entraîne une diminution des distances parcourues en automobile et des émissions de gaz à effet de serre associées. Au Québec, cette diminution moyenne du nombre de kilomètres parcourus en voiture par personne a été estimée à 38 % (soit 2 900 km par année en moyenne), et celle des émissions de GES de 1,2 tonne par usager (Tecsult, 2006). Les 45 000 abonnés de Communauto pourraient donc représenter une diminution de 54 000 tonnes de CO2 annuellement.

Des bénéfices sociaux non négligeables

Des coûts réduits pour les ménages

L’accès à la voiture partagée permet à un ménage d’épargner les coûts fixes liés à l’achat, l’entretien et le stationnement du véhicule, et de réduire les autres coûts associés à l’automobile en recourant à d’autres modes de transport ou en réduisant son besoin de mobilité (Communauto, 2016).

Le service aurait un coût prohibitif pour une utilisation quotidienne (Vivre en Ville et Accès transports viables, 2013), mais il peut être avantageux à titre de second véhicule du ménage, lorsque la possession d’une voiture s’avère indispensable sans que deux véhicules soient nécessaires au quotidien. On estime que l’autopartage demeure plus économique qu’un seul véhicule privé pour un ménage qui parcourrait jusqu’à 10 000 km par année (Litman, 2015).

Budget transport selon le nombre de voitures possédées | Source : Todd Litman, 2015. Victoria Transport Policy Insitute

Des espaces urbains libérés

L’autopartage réduit la nécessité d’exiger de trop nombreuses cases de stationnement au sein des projets résidentiels privés et dans l’espace public (Rivasplata et collab., 2012). L’espace libéré est ainsi disponible pour de nouveaux aménagements publics, différentes mesures de verdissement et même des constructions privées. Au Québec, les dépenses d’infrastructures évitées par la réduction du parc automobile, grâce à l’autopartage, ont été estimées à près de 15,1 millions de dollars par an (TECSULT, 2006).

Comment favoriser l’autopartage ?

Des stations et des véhicules situés au bon endroit

Afin que l’autopartage réponde efficacement aux besoins de mobilité de ses adhérents, le réseau de stations et de VLS doit couvrir adéquatement le territoire, pour idéalement offrir un véhicule à moins de 500 mètres d’un abonné. Pour une utilisation substantielle d’un service d’autopartage, les stations doivent par ailleurs se trouver dans un bassin relativement important d’utilisateurs potentiels, soit environ 80 utilisateurs par km2 (Litman, 2015). C’est pourquoi les stations et les VLS se concentrent principalement à l‘intérieur des quartiers centraux, là où la densité résidentielle est beaucoup plus élevée.

L’essor de l’autopartage nécessite également des conditions qui réduisent la dépendance à l’automobile : une mixité des activités urbaines, un bon potentiel piétonnier, un système de transport collectif efficace ainsi que des infrastructures cyclables adéquates.

Du stationnement disponible pour les véhicules partagés

Outre la proximité, la facilité d’accès et la visibilité des véhicules en autopartage sont les plus importants leviers du développement de ce type de service. En effet, pour que le service soit attrayant, il importe de rendre son utilisation conviviale et de le faire connaître auprès de la population.

L’accessibilité et la visibilité des véhicules dépendent directement de l’offre de stationnement pour l’autopartage, qu’il s’agisse de stations ou d’espaces sur rue, pour les VLS. Les municipalités, les autorités organisatrices de transports et d’autres acteurs peuvent répondre à ces besoins de différentes façons :

  • autoriser l’autopartage et le stationnement des VLS dans toutes les zones d’une ville;
  • réserver des cases de stationnement pour les véhicules d’autopartage dans les stationnements publics, dans les stationnements incitatifs ainsi que sur rue;
  • prévoir la place de l’autopartage dans les pôles d’échanges intermodaux;
  • tenir compte de la disponibilité de véhicules d’autopartage lors de l’établissement de normes minimales et maximales de cases de stationnement;
  • rendre obligatoires des stationnements dédiés à l’autopartage dans les projets immobiliers majeurs;
  • rendre visibles les cases de stationnement dédiés à l’autopartage, qu’elles soient sur rue ou hors rue, par exemple à l’aide d’une signalétique distinctive.

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Références

BENOÎT, Sophie (2018). « Électrochoc pour le transport en région », Unpointcinq.ca, 18 janvier 2018. [En ligne]

BOUREL, Céline (2005). Les impacts du Métrobus de Québec : la question du report modal, Mémoire de maîtrise, Université Laval, 107 p.

COMMUNAUTO (2016). Mémoire de Communauto - Projet de Politique de stationnement de la Ville de Montréal, 33 p. [PDF]

LITMAN, Todd (2015). Evaluating Carsharing Benefits, Victoria Transport Policy Institute, 9 p. [PDF]

NOURI Pegah, et collab. (2013). Estimation des GES émis par une flotte de véhicules d'autopartage, École Polytechnique de Montréal, présentation dans le cadre du 10e Congrès International de Génie Industriel - CIGI 2013, La Rochelle (France).

RIVASPLATA, Charles, et collab. (2012). Residential On-Site Carsharing and Off-Street Parking Policy In The San Francisco Bay Area, Report 11-28, San José, CA : Mineta Transportation Institute. [PDF] 64 p.

TECSULT (2006). Le projet auto+bus : Évaluation d'initiatives de mobilité combinée dans les villes canadiennes. [PDF] 248 p.

VTPI [Victoria transport policy institute] (2018). « Carsharing », TDM Encyclopedia. [En ligne] (consulté le 13 septembre 2018).

VIVRE EN VILLE et ACCÈS TRANSPORTS VIABLES (2013). Réunir les modes : L’intermodalité et la multimodalité au service de la mobilité durable, coll. « Outiller le Québec », 109 p. [+ info].

YVON, Anne-Marie (2016). L’autopartage entre particuliers fait son entrée au Canada, Radio-Canada international, 19 avril 2016, [En ligne].